« Vie de Rancé »: pieuses digressions

L’ambitieux abbé de Rancé (1626-1700) s’est perdu dans la débauche et les divertissements lorsque sa maîtresse adorée, Madame de Montbazon, meurt. Après six années de retraite dans la douleur, il devient abbé de La Trappe. C’est à ce personnage d’un autre temps que Chateaubriand consacra son dernier roman, qui balance entre la biographie rigoureuse, les digressions et les incursions personnelles.

Les premières pages semblent si pesantes qu’on soupçonnerait Chateaubriand de vouloir transmettre sa « répugnance naturelle » à les écrire, si l’avertissement ne donnait un souffle personnel, un « je ne sais quoi » de touchant à l’ouvrage. Il est curieux d’assister, au fil des digressions, à la composition de cette biographie vaguement chronologique : comme si l’auteur était assez vieux pour accueillir, avec une négligence travaillée, le lecteur dans ses coulisses.

Certes, c’est aussi cette négligence qui laisse passer quelques bourdes et maladresses chronologiques parfois signalées en note… mais peu importe, l’expérience d’écriture garde intacte le sentiment d’ultime qui enfle jusqu’à la mort du protagoniste, comme un écho au passage de siècle vécu par Chateaubriand lui-même, mais sans tomber dans l’aigreur. L’expérience de lecture, elle, est déconcertante, ressemblant de plus en plus à une quête des passages touchants, et d’autant plus perçants qu’ils s’inscrivent dans une quantité parfois indigeste de faits sans intérêt immédiat.

Chateaubriand, Vie de Rancé
Folio classiques, 1986 [1844]
384 p.

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